Faire son coming-out

« Je l’ai su pendant si longtemps et ça a bouillonné tellement en moi que je ne pouvais plus le retenir. » 

La première chose qu’il faut savoir quand on amorce un processus de coming out, c’est que vous et vous seuls êtes à même de savoir quelle est la meilleure façon d’annoncer votre identité à vos proches. Cet article parcourra des pistes et des suggestions, mais nous ne détenons aucune vérité absolue et générale. Deuxièmement, il est également important de garder en tête que le coming-out n’est pas une obligation, et le bon moment pour le faire est quand vous vous sentez prêt·e, et à même de recevoir toutes les réactions qu’il est possible de recevoir. Même si des personnes extérieures font pression pour que vous le fassiez, écoutez-vous avant tout.

Quand le faire ? La bonne réponse est évidemment quand vous vous sentez prêt·e, mais aussi dans l’idéal quand vous sentez que la personne est aussi prête à recevoir l’information et est ouverte au dialogue. Si la personne est déjà dans des émotions fortes ou trop négatives, celles-ci pourraient déteindre sur sa réaction.

Où le faire ? L’important est d’être dans un endroit calme et, encore une fois, ouvert à la discussion, car la personne aura sûrement beaucoup de questions à poser et attendra de vous des réponses. Si vous craignez une réaction hostile, préférez un endroit public comme un parc ou un café afin d’éviter des débordements. Il sera aussi important de le faire dans un endroit où vous êtes à l’aise et au contrôle, mais aussi d’avoir un échappatoire pour partir facilement si cela s’avère nécessaire.

Comment le faire ? Les personnes qui reçoivent un coming-out vis-à-vis de l’identité de genre de l’un·e de leur proches ont souvent l’impression de perdre cette personne, c’est pourquoi il est conseillé de faire un coming out qui vous ressemble. L’annonce n’a pas à être formelle et dramatique mais peut être légère et détendue si c’est comme cela que vous ressentez les choses et comme ça que vous préférez les présenter. C’est un moment important pour cellui qui reçoit l’info, mais aussi pour vous qui la délivrez. Vous avez le droit de le faire à votre façon, sans mettre au premier plan le confort de la personne à qui vous le dites. 

Si vous n’êtes pas à l’aise d’aborder le sujet à l’oral, que vous avez peur d’oublier de dire certaines choses où que vous ne souhaitez pas affronter une réaction directe, vous pouvez aussi écrire une lettre où envoyer un message expliquant toute la situation. L’avantage sera d’être sûr de tout formuler exactement comme vous voudriez que cela soit formulé, l’inconvénient sera que vous ne pourrez pas savoir exactement quand la réponse arrivera. Cela dit, celle-ci aura une chance d’être un peu plus tempérée et moins “à chaud”.

Vous pouvez aussi laisser quelqu’un d’autre faire votre coming out pour vous, là encore vous ne pourrez pas voir la réaction en direct et vous ne pourrez pas non plus être certain·e de comment l’information a été transmise ou si ce qui a été dit vous convient. De plus, certaines personnes pourraient être vexées que vous ne leur ayez pas dit personnellement. Mais cela peut vous permettre d’économiser votre énergie voire de vous protéger. Choisissez donc bien la personne de confiance à qui déléguer cette tâche. 

Enfin, vous pouvez faire ce coming-out vous-même et à l’oral. Cette technique est plus personnelle, plus intimiste, mais il faut beaucoup de contrôle de soi et de force pour cela. Si vous ne vous sentez pas capable de mobiliser de telles ressources, ce n’est pas grave et vous pouvez opter pour une annonce écrite ou déléguée à une personne de confiance.

« Ma mère a pleuré quand elle l’a appris et voulait avoir toutes les réponses à toutes ses questions comme ça, dans le vif de l’émotion. Mon père, lui, a agis comme si de rien n’était pendant plusieurs jours avant de venir me trouver pour m’en parler et me poser ses questions. Ce silence était déstabilisant, mais je me suis adapté à ses besoins et au final j’étais heureux qu’il vienne de lui-même m’en reparler. »

Les différentes réactions que l’autre peut avoir :

La peur : Les personnes peuvent avoir peur pour vous, peur de votre avenir qui est parfois perçu comme moins heureux ou plus compliqué. Et en effet, être transgenre peut impliquer des discriminations et un parcours de vie différent de celui d’une personne cisgenre. Certain·e·s disent qu’être trans* leur a ouvert l’esprit, les a rendu meilleur·e·s, d’autres considèrent que rien n’a changé. Le point commun est toujours de dire que personne ne choisit d’être transgenre, mais qu’en acceptant qui l’on est et en apprenant à mieux se connaître, on trouve toujours au bout du chemin de l’épanouissement.

La culpabilitĂ© : Particulièrement chez la famille proche – et les parents en majoritĂ© – la culpabilitĂ© peut ĂŞtre une rĂ©action Ă  un coming-out transgenre. Il est important de rappeler alors Ă  la personne que, mĂŞme si on ne saura probablement jamais exactement la cause de la transidentitĂ©, de plus en plus d’études semblent tendre vers la thĂ©orie de l’innĂ©. Il n’est donc de la “faute” de personne si vous exprimez Ă  prĂ©sent votre transidentitĂ©. Au contraire, une interprĂ©tation serait de dire que c’est grâce Ă  votre entourage que vous vous ĂŞtes senti·e assez Ă  l’aise pour questionner votre genre et partir Ă  la recherche de vous-mĂŞme jusqu’à savoir maintenant plus prĂ©cisĂ©ment qu’avant ce que vous voulez. Et la confiance que vous placez en la personne Ă  qui vous rĂ©vĂ©lez votre identitĂ© de genre a aussi Ă©normĂ©ment de valeur.

L’incompréhension : Il est prévisible que vos proches aient de nombreuses questions et qu’iels attendent de vous que vous y répondiez. Il est important de pouvoir fixer vos limites : les sources d’informations sont nombreuses (livres, films, documentaires, sites internet…) et vos proches peuvent aussi se renseigner via ces canaux. Notons que la compréhension n’est pas un prérequis à l’acceptation, il y a énormément de chose que tout un chacun accepte sans les comprendre, et être un·e bon allié·e c’est aussi accepter que l’on ne comprendra pas tout, mais que cela n’empêche pas d’être derrière la personne et de la soutenir.

La colère : Sur un mélange d’incompréhension, de peur et de culpabilité, certain·e·s peuvent montrer de l’agressivité et de la colère face à un coming-out. Si c’est le cas, votre priorité doit être de vous protéger. La présence d’un·e ami·e ou d’une autre personne de confiance extérieure et sans lien direct avec cellui qui s’énerve peut aider à contenir la colère de cellui-ci. Mettez-vous également dans des conditions où il sera aisé de fuir et si jamais vous veniez à vous retrouver avec des problèmes de logement ou de rupture familiale suite à ce coming-out, n’hésitez pas à contacter le Refuge le plus proche (EMWA, RIJ ou Refuge Opvanghuis).

La joie : Faire un coming-out Ă  quelqu’un, c’est exprimer la confiance que l’on a en cette personne, l’amitiĂ© que l’on ressent pour elle, et c’est une bonne raison de se rĂ©jouir. Voir un·e proche s’épanouir, se rĂ©vĂ©ler tel·le qu’iel est et s’assumer sont aussi des raisons de ressentir de la joie. Peut-ĂŞtre avez-vous ressenti jusqu’à maintenant que vous viviez votre vie en demi-teinte, en n’ayant pas l’impression d’être totalement vous-mĂŞme, et peut-ĂŞtre que certaines personnes s’en sont rendu compte, il est donc normal pour elles – et pour vous – de ressentir une certaine joie Ă  ce nouveau dĂ©part.

L’indiffĂ©rence : En prĂ©parant son coming out, on peut s’imaginer toutes sortes de scĂ©narios mais on envisage rarement celui-ci. Pourtant, cette rĂ©action n’est pas rare et il est utile de s’y prĂ©parer. Attention, le silence d’un·e proche ne signifie pas forcĂ©ment que votre situation lui importe peu ou qu’iel y est complètement fermé·e. Peut-ĂŞtre simplement qu’iel l’accepte immĂ©diatement et ne voit pas ce qu’iel peut dire. Peut-ĂŞtre qu’iel s’est informé·e seul·e. Ou encore, iel est confus·e, n’a pas bien compris la situation ou prĂ©fère se renseigner de son cĂ´tĂ© avant de revenir vous en parler. Mais il ne faut pas perdre de vue que certaines personnes aimeraient poser des questions ou simplement continuer la discussion mais prĂ©fèrent se taire car elles ne savent pas comment ramener le sujet sur la table ou ont peur de vous gĂŞner. N’hĂ©sitez donc pas Ă  ramener vous-mĂŞme la conversation dans cette direction pour ĂŞtre sĂ»r·e que chacun·e a dit tout ce qu’iel avait Ă  dire. Des fois, il est aussi possible que la personne montre de l’indiffĂ©rence car elle ne sait pas comment apprĂ©hender la situation et est sous le choc, dans une forme de dĂ©ni pour se protĂ©ger de quelque chose qu’elle ne comprend pas. Dans ce cas, ce n’est pas simple de relancer la communication, mais c’est possible si vous en avez l’envie avec de la patience et quelques autres outils (proposer Ă  la personne de la documentation, discuter avec ellui de personnes trans cĂ©lèbres ou de personnages de fiction, insister sur le fait que vous restez la mĂŞme personne….)

Les questions sur la transition mĂ©dicale : Il est très possible que certaines des questions que vous receviez suite Ă  votre coming-out concernent une potentielle transition mĂ©dicale. Il vaut mieux que vous soyez prĂŞt·e Ă  gĂ©rer des questions intrusives concernant la prise d’hormone (est-ce que tu vas prendre des hormones, est-ce que tu as dĂ©jĂ  commencĂ©?) mais Ă©galement de potentielles chirurgies (est-ce que tu vas te faire opĂ©rer, quelles types d’opĂ©ration est-ce que tu vas faire,…) Vous avez parfaitement le droit de ne pas rĂ©pondre Ă  ces questions et d’indiquer que celles-ci touchent Ă  votre vie privĂ©e. Vous avez Ă©galement le droit de dire que vous n’ĂŞtes pas encore certain•e de la forme que votre parcours de transition va prendre, mais sachez que cela pourrait ĂŞtre utilisĂ© par la personne en face de vous pour remettre en question la lĂ©gitimitĂ© de votre transidentitĂ©. (Beaucoup de personnes considèrent hĂ©las encore que l’on ne peut ĂŞtre “vraiment” trans que si l’on dĂ©sire un parcours de transition mĂ©dicale clair et le plus complet possible..) Vous ĂŞtes Ă©galement tout Ă  fait lĂ©gitime si vous ne souhaitez pas faire quoi que ce soit comme intervention mĂ©dicale. Si vous prĂ©cisez ceci Ă  votre interlocuteur·ice, soyez prĂŞt·e Ă  confronter diverses rĂ©actions Ă©galement : il se pourrait que la personne voie cela comme une raison de mettre en doute votre transidentitĂ©, ou que justement cette absence de transition mĂ©dicale les soulage et rendre votre annonce plus “acceptable” Ă  leurs yeux. Il est Ă©galement possible que l’on vous pose des questions sur votre fertilitĂ© future (ceci est particulièrement probable lorsque vous faites votre coming-out Ă  votre ou vos parent·s). Il peut donc ĂŞtre intĂ©ressant de rĂ©flĂ©chir Ă  l’avance Ă  votre dĂ©sir ou pas d’avoir des enfants biologiques et aux possibilitĂ©s de conservation de gamètes, au moins pour rassurer votre famille.

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