Je suis un·e ami·e, parent·e, proche

Dans un guide, aujourd’hui un peu daté, édité par l’association Chrysalide, celle-ci notait plusieurs points à déconstruire pour accompagner au mieux la transition d’un proche : La découverte, le deuil, la culpabilité et la recherche de l’origine et l’adaptation. Nous allons passer ces points en revue avant de nous diriger vers des conseils plus pratiques et ciblés.

La découverte. Quand une personne transgenre annonce son identité de genre ressentie et demande les adaptations et l’acceptation qui va avec, elle est généralement assez loin dans sa recherche et son acceptation d’elle-même. Au contraire, les proches qui reçoivent la nouvelle découvrent totalement celle-ci. Il est donc normal que l’acceptation mette du temps à arriver. Les personnes concernées ne l’entendent pas toujours et c’est là toute la difficulté de l’encadrement d’une famille ou de tout autre sorte de système vivant la transition d’un·e de ses membres. Chacun·e doit accepter ce décalage vis-à-vis de l’information : La personne trans doit accepter le retard du groupe et le groupe doit accepter l’avance de la personne. Et chacun·e doit fournir des efforts pour arriver finalement au même niveau et avancer ensemble, en harmonie.

Le deuil. Une sensation est commune à bon nombre de proches de personnes trans, surtout les parent·e·s, quand il s’agit d’accepter la transition, et c’est l’idée de devoir faire un « deuil ». Cette sensation est comparable au deuil de l’enfant parfait, un processus psychologique normal et essentiel à bon nombre de familles durant la croissance de l’enfant. Il est cependant nécessaire d’accepter qu’aucune personne n’est décédée et que si elle parait soudain très différente, il s’agit en réalité de la même personne qui apprend simplement à s’affirmer pour vivre plus heureuse et plus en accord avec elle-même.

La culpabilité et la recherche de l’origine. Si plusieurs études ont essayé de trouver une origine à la transidentité, aucune réponse claire n’a encore pu être trouvé. Il est à ce jour impossible de dire si celle-ci est innée ou acquise, si l’entourage et l’environnement jouent un rôle, si celle-ci serait inévitablement visible dès l’enfance… Au final, chercher l’origine ne semble pas le plus important. On peut chercher des preuves, des signes avant-coureurs, mais il n’y en a pas toujours non plus. Le plus difficile et pourtant le plus sain serait de ne pas chercher tout cela et d’accepter que peu importe ce qui a amené la personne là où elle est, les choses sont telles qu’elles sont et vivre en harmonie avec nécessite de surmonter ce besoin de réponse. Car celles-ci cohabitent avec un sentiment latent de culpabilité, de sentiment que c’est la faute de quelqu’un·e et que cela peut donc être corrigé. Or, cela n’est ni vrai ni possible.

L’adaptation. La seule chose à faire lorsque l’on reçoit le coming-out transgenre d’une personne, c’est s’adapter à ses besoins par rapport à cette transition. Est-ce que la personne souhaite utiliser un nouveau prénom, de nouveaux pronoms ? Devez-vous la genrer différemment ? Aura-t-elle besoin d’accompagnement ou d’aide dans les démarches qui l’attendent ? Pense-t-elle seulement à faire des démarches ? Les points de conforts des personnes transgenres sont divers et variés, toutes n’auront donc pas envie des mêmes démarches pour atteindre ce point. Mais dans tous les cas, la personne sera sans aucun doute heureuse que vous lui proposiez de l’accompagner à travers ce chemin.

Pour les parents d’enfants mineur·e·s, il n’est malheureusement pas possible de prendre une position neutre vis-à-vis de la transidentité de son enfant. Car si cellui-ci souhaite mettre en place des adaptations de son corps ou de son identité sociale et administrative pour atteindre son point de confort, il est obligatoire que l’autorité parentale soit derrière pour certifier son acceptation. Toutes les études qui ont été faites sur le sujet démontrent qu’un enfant qui a la possibilité de transitionner tôt atteint presque toujours un bien-être identique, voire parfois supérieur, à celui de ses camarades cisgenres du même âge. Quant à celles et ceux qui ne sont pas soutenus par leur famille, leurs risques d’avoir des pensées ou des actes auto-agressifs, auto-mutilatoires ou suicidaires grimpent en flèche.

Pour les partenaires, la situation est complexe. Certain·e·s se retrouvent, après l’annonce, dans un schéma de couple qui n’est pas celui pour lequel iels s’étaient engagé·e·s à la base, surtout si lae partenaire est monosexuel·le (attiré·e uniquement par un genre, possiblement plus celui de saon compagne·on, donc). Cependant, la transition de la personne est une étape obligatoire afin d’être plus en accord avec elle-même et plus heureuse, l’empêcher n’est donc même pas une possibilité à envisager. Il convient à vous et à votre partenaire de réfléchir à ce que la transition changera dans votre relation et si ces difficultés sont surmontables ou non.

Et si tout cela n’était qu’une phase ? Selon une étude américaine sur la population trans (2015 United States Transgender Survey), 8% des répondant·e·s ayant commencé une transition ont entamé par la suite des démarches de détransition. Cependant, dans ces 8%, seuls 5% ont indiqué avoir détransitionné parce que la transition n’était pas faite pour elleux. Cela représente donc 0,4% du total des participant·e·s, soit 12 personnes sur 3000 qui cesseraient réellement de se sentir transgenre après un temps.

Dans les raisons d’une détransition les plus fréquemment citées se trouvent la pression de la famille, la pression d’un·e partenaire, l’augmentation des discriminations après le début de la transition, la difficulté à trouver un travail… On peut aussi mentionner l’influence de certain·e·s praticien·ne·s dont la vision binaire du genre pousse certaines personnes à transitionner d’une manière qui convient à cette idée plus qu’au confort de la personne, l’amenant à mettre en place un processus de “détransition” par la suite sans pour autant ne plus s’identifier comme trans, juste pour atteindre son point de confort. Mais on oublie également de préciser la nature fluide du genre qui peut varier après un temps. Et ce n’est pas parce qu’une personne ne se ressent plus transgenre qu’elle ne l’a vraiment jamais été.

Quand bien même il s’agirait d’une phase, les études sont unanimes pour dire que soutenir son proche est la meilleure chose à faire pour lui éviter bon nombre de problèmes. Si l’on soupçonne réellement que la personne puisse changer d’avis, on peut lui faire comprendre que ce changement serait accepté et soutenu également, mais cela ne doit pas servir d’excuse pour ne pas accompagner activement la personne dans sa vie actuelle.

 Sources :

 

  • Étude Être trans en Belgique”, 2008 ;
  • Étude Être trans en Belgique – 10 ans plus tard”, 2018 ;
  • Étude United States Transgender Survey”, 2015

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